31/10/2007

Hel : Tome 1 : L’éveil de la bête : Auteurs : Anne Renaud & Yannick Beaupuis Edition : DELCOURT

helhel2Hel vient de voler un Janus pour Cyrrus et à Théa. Elle les rejoint en pleine salle d’opération dans la tour Angelisti. Ils sont fascinés par un phénomène étrange : une même cellule produit des jumeaux qui choisissent alors de fusionner en un seul être dans un schéma totalement repensé. Une alternative existe et c’est bien le sujet de leur prochaine exposition dont le vernissage est prévu pour le mois prochain.
Hel possède des « aptitudes » mystérieuses et s’en sert pour fournir ses commanditaires.
Damanos lui, n’a qu’une envie, c’est de convaincre Cyrrus et Théa de lui donner leur Janus de 1543 car il ne cherche qu’à posséder l’inaccessible. Il signale ainsi posséder un Janus avec tatouage ce qui intrigue bien Hel dont le corps en est couvert.
Sa curiosité va donc la pousser à s’introduire au sein même du palais de Damanos. Elle va y découvrir des centaines de Janus mais surtout elle sera confrontée à un minotaure avec lequel elle va devoir se battre avec acharnement.
Que se cache derrière ce minotaure mais surtout derrière les tatouages de Hel qui ont totalement influencé sa vie ?

Magnifique album aux dessins puissants et justes, des scènes de bagarres fabuleuses, un brin d’ésotérisme et de sensualité sur un thème original, comment voulez-vous ne pas dire du bien de cette nouvelle série chez Delcourt. Je ne vois aucune fausse note dans ce premier tome hormis peut être un langage un peu alambiqué dans le chef de Cyrrus et de Théa.

Assurément la bonne surprise du moment.(Jean)

30/10/2007

Trilogie avec dames : Auteurs : Will & Desberg Edition : DUPUIS (Aire libre)

trilogietrilogie2Il y a quelques années, j’avais eu la chance de rencontrer Will chez lui dans sa maison du Brabant Wallon et nous avions eu, en ce temps là, l’occasion d’évoquer une autre facette de son personnage et donc de son talent. Sous un abord très débonnaire se cachait une âme très sensible et éminemment respectueuse pour la gente féminine. Une sensualité à peine cachée qui servit admirablement le scénario de Stephen Desberg, permittant à l’album « Le jardin des désirs » de devenir un des piliers de la série « Aire Libre » créée un an auparavant par Van Hamme et Vandooren en 1988.
« La 27ème lettre » et « L’appel de l’enfer » complétèrent la production dite adulte de Will. La réalisation en couleurs directes de ces trois albums apporta à Will la possibilité de s’exprimer plus à la façon d’un peintre de talent qu’il était d’ailleurs.

Les éditions Dupuis ont eu l’excellente idée de réunir ces trois récits dans un même album placé sous le signe d’Eros.
La finition de l’album est remarquable et le contenu admirablement bien orchestré !

Une idée de cadeau pour la fin d’année ? (Jean)

17:43 Écrit par Jean dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sensualite, eros |  Facebook |

L’idiot : Tome 1 : Auteurs : Kang Full : Edition : Casterman

l'idiotl'idiot2Ji-rho est une jeune femme coréenne qui a, depuis longtemps, quitté son quartier de son enfance à Séoul pour les Etats-Unis afin de se consacrer pleinement au piano.
Après plusieurs années d’absence, elle ressent une réelle difficulté dans la maitrise de son art et, étrangement, se sent attirée vers les lieux de son enfance. De hasards en hasards, de rencontres en rencontres, elle va retrouver tous les protagonistes de l’époque de l’école. En particulier, elle va retrouver celui qu’on surnommait « l’idiot », un certain Seung-Lyong. Ce dernier va lui faire revivre tous les évènements importants de son enfance et surtout lui apporter un éclairage qu’elle ne soupçonnait pas. Plusieurs destins vont se croiser avec des fortunes diverses dans des contextes psychologiques parfois extrêmement douloureux.
Tout le monde a une influence sur tout le monde et tout le monde souffre à sa manière dans son coin. Est-ce qu’être idiot n’est pas simplement avoir la faculté de voir les choses avec les yeux du cœur ?

Cent fois j’ai du me forcer à parcourir les premières pages de ce nouvel manhwa de Kang Full tant il est à l’opposé de l’archétype classique d’une bande dessinée traditionnelle. Le format, l’absence de cases voire de phylactères, la parcimonie des dessins par page, l’impression de ne faire que tourner des pages pour essayer de suivre l’histoire, un dessin très peu travaillé et des couleurs plates et sans nuance, tout me faisait fuir ! Puis lentement, je me suis laissé prendre par le fil narratif en oubliant tout ce que je viens de décrire et j’ai découvert un récit intimiste, nostalgique, dramatique et tendre à la fois. A tel point que je me réjouis de lire la suite et fin de cette histoire dans le tome deux.

Je serais très curieux de voir ce qu’aurait donné ce genre de scénario s’il avait été confié à des dessinateurs comme Hermann, Cosey ou Parnotte.

Sachez enfin que Kang Do-young dit Kang Full possède un site internet, www.kangfull.com, qui mérite une petite visite, mais uniquement si vous parlez le coréen et que cet album, tout comme « l’appartement », a fait l’objet d’adaptations cinématographiques. (Jean)

17:13 Écrit par Jean dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : seoul, coree, idiot, etoiles, enfance, piano |  Facebook |

28/10/2007

Zoo : tome 3 Auteurs : Frank & Bonifay Edition : DUPUIS (Aire libre)

zoozoo2Célestin, en sa qualité de médecin, était parti à la guerre afin de porter secours aux soldats mais aussi à la population laminée par le fer et le feu du conflit mondial.
Anna, Buggy et surtout Manon n’espèrent qu’une chose, c’est de revoir très bientôt leur « Papa » Célestin. Malheureusement, une missive va le considérer comme disparu au sein même des lignes ennemies. Il faut savoir s’il est toujours vivant ou non.
Dans un même temps, les finances du zoo sont au plus mal et ils doivent se séparer de plusieurs de leurs pensionnaires pour les confier au zoo de Londres.

N’écoutant que son courage, Anna, la femme sans nez et donc sans âme, va oser traverser les lignes ennemies pour aller à la recherche de Célestin.
La découverte de la mallette du docteur au milieu d’un trou d’obus à moitié inondé ne présage rien de bon. Des images de pur bonheur traversent l’esprit d’Anna au moment où elle découvre le corps de Célestin non loin de plusieurs feuillets qui sont autant de petits mots doux pour chacun, les derniers, sorte de testament.

Treize ans se sont écoulés après le tome 1 et huit ans après le tome 2 et voici qu’arrive enfin le dernier volet de ce chef d’œuvre signé Frank et Bonifay.Ces trois albums sont réellement extra-ordinaires dans l’univers de la bande dessinée contemporaine. Tout d’abord l’idée d’un zoo en Normandie en pleine période tourmentée du conflit mondial est géniale. En plus, Frank semble s’être surpassé par un dessin magnifique et une magie des couleurs qui rendent parfaitement bien l’atmosphère de paradis perdu et paisible au sein d’un monde fait de haine et de violence. On parle d’un velouté chromatique associé à une puissance graphique qui le hisse au niveau des plus grands comme Hermann ou Hausman.

Pour tous ceux qui ont rêvé de vivre leur enfance en parfaite communion avec des animaux et de faire des câlins avec un vrai gros nounours de deux mètres de haut !(Jean)

Afrika : Auteurs : Hermann /Edition : Le lombard (collection Signé)

afrikaafrika2Dario a, comment dire, une personnalité et un caractère rugueux. Ancien mercenaire au passé probablement inavouable, il veille sur une réserve naturelle…SA réserve naturelle et SES animaux. Il voue une haine féroce vis-à-vis des braconniers qui n’hésitent pas à massacrer un Rhinocéros pour pouvoir uniquement lui prendre sa corne à des fins commerciales. Charlotte, journaliste de son état, est venue faire un reportage sur les braconniers. Elle va très vite comprendre qu’entre Dario et ceux-ci, il s’agit d’une vraie guerre où l’on peut être amené à compter des pertes humaines.

Entre-temps, la musique classique de la vieille Europe berce les réceptions mondaines où des dictateurs sans vergogne vendent les richesses naturelles du pays au plus offrant. Et c’est quand Dario va être témoin d’un massacre de rebelles par un contingent étranger pour soutenir le gouvernement en place qu’il va devenir lui-même la proie à une toute autre chasse que celle que mènent les animaux pour survivre. Il faut éliminer tous les témoins, coûte que coûte !

Je vous ai déjà parlé de toute mon admiration pour le travail graphique de Monsieur Hermann. Je dois vous avouer que ce n’est certainement pas avec cet album que je vais changer d’avis. Ceci est tout simplement magnifique. Quel talent, bon sang mais quel talent ! Il sait tout faire. Il a une maîtrise parfaite des couleurs, une intelligence des gris et des noirs et pour quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds en Afrique, il vous rend la faune et la flore à un tel point que vous sentez presque la chaleur montante de la savane ! Je vous tire encore mon chapeau, Monsieur Hermann !(Jean)

Pietrolino : Auteurs : Jodorowsky & Boiscommun /Edition : Les Humanoïdes associés

pietrolinopietrolino2Le bras levé comme souvent face à l’injustice et à la tyrannie, Pietrolino est de ceux qui tente d’égayer un peu les âmes meurtries dans ce grand Paris sous l’occupation Nazi ! Il est suivi et parfois aidé en cela par Simio, son partenaire au physique pour le moins ingrat et la belle Colombella qui par contre, n’hésite pas à donner de sa personne pour obtenir ce qu’elle veut.
Comme par enchantement et sans qu’un seul son ne sorte de sa bouche, il va faire découvrir les portes de l’illusion à quelques clients d’un banal troquet parisien.
Mais le bouquet final du spectacle, c’est avec ses deux mains qu’il va le distiller, faisant fi du danger omniprésent. Sa main droite habillée d’un gant décorée d’une croix gammée va finir par perdre face à sa main gauche de bleu-blanc-rouge gantée.
Le triomphe de la salle va rapidement laisser la place à un applaudissement beaucoup plus lugubre. En effet, une troupe de Nazis viennent de rentrer dans le café et vont punir le mime par la pire des punitions à savoir l’écrasement des mains de l’artiste sous la botte de l’officier allemand. La trahison est dans le chef de Colombella qui oublie tout scrupule à la vue d’une liasse de beaux billets.
Simio et Pietrolino vont se retrouver dans un camp de travail forcé où la félonie de Colombella éclatera au grand jour. Heureusement, bientôt ce fut la libération marquant le retour de Pietrolino à Paris mais avec le statut d’infirme bien misérable.
Puis il va la voir, tout en douceur et mime talentueuse également, la petite Alma va s’associer à nos deux comparses pour monter un petit cirque ambulant où les spectateurs riront de bon cœur. Tout ce petit monde reprenait goût à la vie jusqu’au jour où un grand cirque s’installa juste à coté d’eux.

Saviez vous que Alejandro Jodorowsky avait été mime aux cotés de Marcel Marceau et que c’est de là qu’est née cette histoire tout en finesse et en poésie, à la demande d’ailleurs du plus célèbre mime de toute l’histoire. Jodo l’avait confiée à Bruno Lecigne, éditeur aux humanoïdes Associés, qui à force de l’avoir bien rangé l’avait presque perdue. Il ne restait qu’au talent d’Olivier Boiscommun d’habiller ce récit et de lui donner l’épaisseur qu’il méritait. En utilisant les traits du mime Marceau, la boucle a été bouclée et la magie et l’illusion pouvaient se perpétuer.

Le rouge est omniprésent dans l’album, rouge comme le sang mais aussi comme le nez rouge des clowns ! (Jean)

Chroniques Birmanes : Auteurs : Guy Delisle /Edition : Shampooing

chroniqueschroniques2Guy Delisle est un auteur de bande dessinée québécois, né le 19 janvier 1966 à Québec (Canada). Après des études d'animation au Sheridan College de Oakville, il travaille dans différents studios à travers le monde, Canada, Allemagne, France, Chine, Corée du Nord pour aboutir finalement tout près de Montpellier. Il nous a déjà gratifié de deux albums autobiographiques, Shenzhen en 2001 et Pyongyang en 2003.

Il se sert en fait grandement de son expérience de père au foyer, accompagnant en cela son épouse employée par Médecins Sans Frontières.

Les aléas des besoins de M.S.F. le font atterrir avec femme et bébé sur le sol du Myanmar mieux connu par certains sous le nom de Birmanie. Ce pays est probablement l’une des pires dictatures du monde actuel. A sa tête, une junte militaire dirigée par le généralissime Than Shwe.
Au travers les petits évènements de sa vie de tous les jours, il nous présente le pays sous un éclairage très particulier. Il nous fait vivre l’importance de la climatisation, l’absurdité des logements disponibles, la difficulté de n’exister que si le bébé est avec lui, l’intransigeance du politique vis-à-vis d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix prisonnière en sa demeure, quoique autorisée par contre à quitter le pays. Il nous parle des moines et de leur bol de riz, de la difficulté qu’ont les O.N.G. à travailler efficacement dans tout le pays, de la censure permanente des journaux et magazines, de l’omniprésence de l’armée et des zones « paradis » du club australien côtoyant les quartiers pauvres.
Il évoque l’influence et le pouvoir de « Total » dans le pays, il décrira la corruption à tous les niveaux, le stress de la répression sur les populations sans oublier l’aspect sanitaire déplorable quant il s’agit de parler de politique de santé publique en rapport avec le SIDA.

On appréciera également avec quel minimalisme il évoque les circuits touristiques à Bagan et au lac Inlay afin de bien nous faire comprendre à quel point ceci est superficiel par rapport à la réalité de cette dictature féroce.

Le pays est magnifique et la population adorable, je le sais car j’ai eu la chance d’aller sur place mais peut être encore plus de chance d’en être revenu. Ces chroniques birmanes doivent être lues par tout touriste qui désire découvrir le Myanmar, au même titre qu’un bête Lonely Planet. Il faut reconnaître que la sortie de cet ouvrage coïncide furieusement et malheureusement avec l’actualité. Sa lecture pourrait permettre à beaucoup de gens de mieux se faire une idée sur les réels enjeux du pays.(Jean)